11 Octobre 2026
XXVIIIe Dimanche
du temps ordinaire
Le Seigneur est le Berger qui guide, nourrit et cherche chaque homme avec un amour fidèle ; même dans la vallée sombre, il redonne vie et espoir.
TZALMANET
Ce dimanche, nous voudrions attirer votre attention sur le Psaume 22, l’un des plus aimés par la tradition juive et chrétienne. Il est attribué au roi David, comme le rappelle son titre (cf. Ps 22, 1) ; c’est un mizmor, c’est-à-dire une mélodie en paroles. Le Psaume n’est donc pas une méditation mais précisément un chant, et pour le comprendre, il doit être chanté. David, comme nous l’avons dit, en est l’auteur. Et le fait que ce soit lui qui chante Dieu comme berger est significatif car, comme le rappelle 1 Sam 16, 11, il a été, à son époque, lui aussi un jeune berger. David commence par dire : « Le Seigneur (YHWH) est mon berger » (22,1b). Le fait que le nom attribué à Dieu soit YHWH est important, car cela nous fait comprendre que le Dieu ici célébré est le Dieu de l’alliance. Voyons la structure : dans les v. 1-3, on parle de Dieu à la troisième personne. Un Dieu comme lui ; dans les v. 4-5, nous parlons de Dieu à la deuxième personne. Un Dieu comme toi ; le verse-6 est une réflexion finale. Notons-le : lorsque l’expérience de la foi est heureuse, David parle de Dieu ; quand l’expérience est ou peut être subie comme une épreuve, il parle avec Dieu. Dans les premiers versets, il raconte ce que Dieu fait, l’attention de Dieu envers lui et sa confiance ainsi suscitée. David se confie à Dieu après avoir fait l’expérience de la fiabilité divine. Que fait le pasteur ? Reprenons le début : YHWH roi lo eisar. Roi est le participe actif du verbe ra’ah qui signifie paître, guider, nourrir. Le participe actif décrit une action présente et permanente. Dieu est donc celui qui me nourrit continuellement, dit David. Non seulement cela, mais il me mène sans cesse vers des pâturages herbeux et des eaux de repos. Et cela me rassure en chemin. Ainsi, même si je traversais la vallée sombre (tzalmanet), je ne craindrais aucun mal. Ici, nous avons un terme important : tzalmanet auquel nous pouvons donner deux significations :ombre de la mort et obscurité ténébreuse.. Tzalmanet est fait de deux parties : tzal, qui signifie « ombre », et mavet, qui signifie « mort ». Cette ombre de mort est une obscurité très épaisse, profonde et sombre, et se réfère à deux choses : les vallées que les troupeaux devaient traverser en chemin pour atteindre de nouveaux pâturages ; vallées traîtresses où les attendaient les brigands ou les bêtes sauvages. Les vallées intérieures de la prière. Tzalmanet revient également dans Job 10, 21-22 et décrit un lieu sans ordre ou bien l’obscurité qui anéantit (cf. Job 3). Dans le Psaume 43, 20, cependant, c’est une forme d’écrasement. Mais, il y a YHWH : Kiy atà imadi (parce que tu es avec moi). Et cette présence est à la fois une défense (bâton) et un guide (vincastro). Ce berger du verset 5 devient alors l’hôte. Ici, i ne s’agit plus de paître, mais d’entrer sous la tente hospitalière où le maître de maison a préparé une table richement garnie. On sait qu’en Orient, lorsqu’on entrait sous la tente de quelqu’un, on devenait automatiquement un invité, et l’invité était sacré. Donc la meilleure nourriture, mais aussi l’huile pour oindre la tête et le vin qui déborde dans la coupe. Le Psaume 103, 15 nous rappelle ce que Dieu prépare : « Le vin qui réjouit le cœur de l’homme, l’huile qui fait briller son visage, et le pain qui soutient sa force ». La finale est aussi extraordinaire : « La bonté et la fidélité me suivront… » (v. 6). Par bonté, nous avons le terme tob et pour fidélité hesed. Ce qui signifie que, l’amour fidèle de Dieu m’accompagnera, dit David. Ici, nous avons le verbe yirdefuni, qui devrait se traduire par « ils vont me poursuivre ». Nous pourrions dès lors traduire plus justement : « La bonté et la fidélité me poursuivront… », pour évoquer l’amour fidèle avec lequel Dieu cherche activement chaque homme. Et cela non pas un jour, mais chaque jour, jusqu’à ce que nous entrions en pleine communion de vie : « Et je demeurerai dans la maison du Seigneur (le temple) pendant de très longues années. » La vallée sombre, ou, comme l’écrirait Osée, la vallée d’Achor, est ainsi transformée en porte d’espérance (cf. Os 2,17).
Commentaire de d. Sandro Carotta, osb
Abbazia di Praglia (Italie)
Traduction de f. Christophe Vuillaume,
Monastère Masina Maria – Mahitsy (Madagascar)