L’apôtre Paul nous demande de regarder notre expérience de vie comme “le bon combat de la foi” qui se déroule sous le regard de Celui qui « seul possède l’immortalité et habite une lumière inaccessible”. Il semble justement que cette porte fermée hermétiquement derrière laquelle vit, ignare, ce riche sans nom, ait transformé sa maison de « splendides festins » en un lieu de terrible solitude et de tristes ténèbres. Lazare, ce pauvre couvert d’ulcères, jouit de la compagnie des “chiens” et, à sa mort, de la proximité des saints. Sans doute ce contre quoi le Seigneur veut nous mettre en garde par cette parabole, c’est de ne pas être trop “insouciant” comme ceux auxquels s’adresse la parole du prophète. Après sa mort, ce riche devient très pensif et se préoccupe même de ses “cinq frères”; un beau signe de repentir et de conversion sur lequel Jésus semble s’arrêter pour rappeler l’urgence de se soucier dès maintenant de ce “septième frère” qui git continuellement à la porte de notre cœur et attend que nous nous souciions de lui. Certes, le thème de l’enfer n’est plus tellement « à la mode », grâce à Dieu, et toutes les anecdotes traditionnelles sur ce lieu de “tourments” (Lc 15, 23), décrit en détails inquiétants et révélateurs d’une imagination féconde autant qu’audacieuse, a cédé le pas à une plus grande sobriété d’images, à la faveur d’une sensibilité plus profonde de l’enjeu. Et ce qui est en jeu est plutôt considérable : le risque de rater sa vie en ce temps et dans l’éternité. Ce sentiment d’échec et cette conscience d’avoir gaspillé une si grande occasion est le sentiment qui brûle et consume ce pauvre riche.
Commentaire de f. Michael David, osb Abbaye de Novalesa
Traduction de f. Christophe Vuillaume, Monastère Masina Maria – Mahitsy (Madagascar)