On peut imaginer que s’élève dans le cœur du fils reçu dans les bras miséricordieux d’un père plein de compassion et libre de toute forme de ressentiment la parole d’action de grâce de Paul : «
Je rends grâce à Celui qui me rend fort ». La parabole que rapporte le Seigneur pour convertir le cœur des pharisiens qui, au lieu de comprendre et d’accompagner le cheminement de ces “
publicains et de ces pécheurs” venus “
pour écouter”, murmuraient, nous révèle que le secret de la conversion n’est pas le premier pas que nous ferions vers Dieu, mais bien plutôt le premier pas de Dieu vers chacun de nous : «
Il courut à sa rencontre ». Le texte de l’Exode nous met en face de tout le drame qui habite le cœur de Dieu : Il n’est évidemment pas insensible à l’injustice et à l’iniquité, mais il aime que ses amis – comme Abraham et Moïse – Lui rappellent toute la grandeur et la puissance de sa miséricorde. Moïse est pour nous la figure du Christ qui intercède sans cesse en notre faveur et représente l’inverse du fils aîné qui sommeille, avec toute sa soif de justice mondaine, dans notre cœur inconsciemment, toujours blessé, dans ce besoin d’être cherché et guéri. Un poème de Charles Péguy reprend la parabole de Luc que la liturgie de ce dimanche nous fait réécouter, non sans en renouveler l’émotion, et la relit comme un miracle : le miracle le plus imaginable et le plus désirable pour tout prodigue d’un Dieu qui commence toujours d’abord par ouvrir la porte de l’amour, de la miséricorde, de l’accueil. Au cœur de notre foi fondée sur le mystère pascal du Christ il y a une révolution non encore accueillie et qui, peut-être, n’est jamais totalement recevable.
Commentaire de f. Michael David, osb Abbaye de Novalesa
Traduction de f. Christophe Vuillaume, Monastère Masina Maria – Mahitsy (Madagascar)