En ce septième Dimanche nous sont présentées les deux dernières antithèses, celles qui concernent la loi du talion et celle qui parle de l’amour des ennemis (cf. Mt 5,38-48). Mais nous voudrions attirer l’attention ici sur la référence au Père, à la “perfection” du Père à laquelle Jésus nous exhorte (cf. Mt 5,48). Que veut dire Jésus quand il parle de la “perfection” du Père ? D’abord, que le Père veut que nous Lui ressemblions. C’est aussi ce qu’écrit Paul aux Ephésiens : « Cherchez à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés » (5,1). Jésus affirme ensuite que le Père donne la vie (les images du soleil et de la pluie) à tous les hommes (bons ou mauvais), indépendamment de leurs mérites. C’est cette absence de discrimination qui manifeste la perfection du Père. Autrement dit, Dieu n’est pas parfait parce que… il est sans défauts, mais parce qu’il n’exclut personne de son cœur, parce qu’il ne fait pas le tri entre ceux de ses fils qui sont méritants et ceux qui ne le sont pas. Etre parfaits comme le Père est parfait, signifie donc ne pas classer les êtres humains. De façon plus positive, cela signifie au contraire participer à sa “tummà” ou “temimut” (« perfection »), pour reprendre les termes de la tradition hébraïque. Quand Dieu a demandé à Abraham d’être intègre, parfait (tamim), il ne pensait pas tant à la perfection morale, mais voulait qu’Abraham demeure dans l’unité, dans la non division (cf. Gn 17,1). Au contraire, le Patriarche a séparé le juste du pécheur. C’est justement pourquoi Sodome a été détruite (cf. Gn 18). Au contraire, Jésus a vécu à fond cette unité de la “tummà”, au point de réconcilier sur la croix le juste et le méchant, le juif et le païen, l’homme et la femme (cf. Ep 2,14.16). La sainteté à laquelle nous invite aussi le Lévitique 19, 2, n’est-ce pas aussi cette non-division ? La sainteté, comme nous le savons, est le propre de Dieu (cf. Is 63,3). Ce qui nous surprend et nous étonne, c’est que ce que Dieu a de propre, il nous y fait participer, il nous l’offre, il nous le donne gratuitement (cf. He 12,10). La sainteté s’apparente à un “oui” de l’homme à l’appel de Dieu (cf. Ep 1,4) ou bien à cette disponibilité à se laisser façonner dans Sa « perfection ». D’où la possibilité de faire ce qui est humainement impossible : aimer ses ennemis.
Commentary by b. Sandro Carotta, osb Abbazia di Santa Maria – Praglia (Italy)
Traduction de f. Christophe Vuillaume, Monastère Masina Maria – Mahitsy (Madagascar)